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Itinéraire d'une cinéphile

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The Leftovers (Saison 2)

Publié par Coralie sur 10 Janvier 2016, 17:20pm

Catégories : #Séries - Drame

The Leftovers (Saison 2)

Diffusion : du 4 octobre au 7 décembre 2015 sur la chaîne américaine HBO

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : Le 4 octobre, la série créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta a fait son grand retour avec une deuxième saison d'une qualité supérieure à la première. Moins hermétique, plus parlante et donc infiniment plus poignante, cette suite est un régal dont beaucoup de séries devraient s'inspirer. Elle s'ouvre sur une nouveauté fort appréciable : un générique. Il s'agit d'un diaporama de photos sur lesquelles les disparus ont été effacés. Les empreintes de leurs silhouettes sont emplies d'un ciel ensoleillé, nuageux, orageux ou encore étoilé. Est-ce une indication du lieu où ils se trouvent ou bien une simple invitation à l'imagination ? On ne le saura sûrement jamais. Comme le répète la chanson "Iris Dement - Let the mystery be" qui rythme le générique, il vaut mieux laisser le mystère intact.

Car l'intérêt n'est pas de savoir ce qu'il est arrivé aux disparus - on laisse cette question aux esprits torturés de leurs proches -, c'est d'observer ceux qui restent, the leftovers. Souvenez-vous, la série avait débuté trois ans après la grande disparition, laissant ainsi de côté les conséquences psychologiques immédiates de cet événement tragique. L'intrigue est donc focalisée sur la reconstruction de ceux qui se sont vu retirer, en une fraction de seconde, leur raison de vivre.

The Leftovers (Saison 2)

À l'heure où les téléspectateurs, véritables détectives surentraînés par des séries policières à foison, exigent une réponse à chacune des interrogations présentées, "The Leftovers" a l'audace de ne pas garantir de réponse. Mais en veut-on vraiment ? On n'en est pas certain car, comme lorsque l'on jette à l'eau un caillou plat, peu nous importe où celui-ci arrive : ce qui nous captive ce sont les ricochets, ces ondes multiples fascinantes qu'il provoque à la surface de l'eau.

Ici, les ricochets sont les comportements variés que les personnages développent afin de faire face, comme une sorte de mécanisme de protection contre la souffrance à la fois passée et future. Certains se réfugient dans la foi, d'autres s'abandonnent à une secte. Qu'ils s'accrochent à la rationalité ou qu'ils soient ouverts aux hypothèses les plus invraisemblables, tous essaient de donner un sens à leur vie. Cette survie perpétuelle - quête de sécurité au-dessus de laquelle plane la peur qu'une grande disparition ne se reproduise - guide les personnages depuis New York jusqu'au Texas, dans une petite ville nommée Miracle. Celle-ci réussit l'exploit paradoxal de nous frapper par sa singularité tout en nous rappelant d'autres endroits. Le campement de fortune qui s'est établi à l'entrée de la ville a parfois des airs de "The Walking Dead", et la rue typiquement américaine dont les maisons abritent des voisins mystérieux rappelle la célèbre Wisteria Lane de "Desperate Housewives".

The Leftovers (Saison 2)

C'est ainsi que l'on fait la connaissance de l'intrigante famille Murphy. Epargnée par la grande disparition, elle semble avoir été récemment ébranlée par autre chose et tente de faire bonne figure. Les parents, Erika et John, forment un couple d'apparence uni et heureux. Cependant, on entrevoit régulièrement leurs failles et cela n'en devient que plus intéressant. Ils sont incarnés par la charismatique Regina King, dont le regard froid restera gravé dans nos mémoires, et le talentueux Kevin Carroll, parfait dans le rôle de cet homme complexe, aimant mais colérique. Leurs jumeaux, Evie (Jasmin Savoy Brown) et Michael (Jovan Adepo), nous captivent tout autant. La scène de la voiture a particulièrement mis au jour le don de Jasmin Savoy Brown, capable de nous faire passer de la joie à l'effroi en un claquement de portière. Ces acteurs géniaux s'ajoutent à ceux que nous avions tant aimé lors de la première saison : Justin Theroux, Carrie Coon, Margaret Qualley, Liv Tyler, Amy Brenneman, Christopher Eccleston et Ann Dowd. Ce casting quatre étoiles est une des grandes forces de la série.

L'autre marque de fabrique de "The Leftovers" c'est son ambiance à la fois angoissante et tellement prenante. Cette atmosphère qui lui est propre renforce notre immersion dans le récit et donc notre attachement aux personnages. On perçoit une réelle réflexion dans le choix des musiques, au niveau de leur rythme mais aussi des paroles. Pour illustrer les différents états d'esprit par lesquels passent les personnages, l'éclectisme est de mise. Musique classique, folk rock ou electro, l'éventail est grand. Certains artistes sont particulièrement appréciés par les créateurs de la série puisqu'ils reviennent plusieurs fois. On pense notamment au groupe Simon and Garfunkel avec la magnifique chanson "I am a Rock" qui clôture l'épisode 6, et "Homeward Bound" que Kevin chante dans l'épisode 10.

The Leftovers (Saison 2)

La deuxième saison de "The Leftovers" se démarque de la première par sa narration. Les créateurs de la série délaissent la chronologie pour apporter une originalité supplémentaire et accentuer la part de mystère. Procédé cher à la série "How To Get Away With Murder", les flashs back sont ici utilisés avec davantage de subtilité puisque nous ne sommes jamais informés du retour en arrière. C'est à nous d'être attentifs, de scruter chaque détail afin de situer dans le temps ce que l'on voit. On apprécie ces flashs back car ils sont souvent centrés sur un ou deux personnages, nous permettant ainsi de mieux les connaître et donc de mieux les comprendre. Là encore, on se rappelle "The Walking Dead" dont les flashs back constituent de précieuses fenêtres sur les esprits des personnages. "The Leftovers" manipule intelligemment ces bribes du passé pour nous permettre de résoudre des petits mystères qui avaient été disséminés ça et là. On découvre ainsi l'origine ou la signification de certaines phrases. On pense notamment au rituel macabre des oiseaux qu'Erika explique ensuite à Nora, ou encore à la blague sur le crayon cassé racontée par Evie mais initialement prononcée par Meg. Ces énigmes résolues font office de récompenses pour le spectateur dans une quête de réponses qui paraît presque sans fin au vu de l'immensité du mystère initial, à savoir l'évaporation de 2% de la population mondiale.

En plus de jouer avec le temps, "The Leftovers" s'amuse avec l'espace. Pour une même scène, plusieurs points de vue nous sont successivement présentés, nous faisant parfois penser aux dédoublements dans "Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban". Cet entremêlement de destins est brillamment décrit par Patti, dans l'épisode 2, lorsqu'elle dit "Very interesting family those Murphys. Hard to tell if they are part of your story or you are part of theirs." La barrière du fantastique est franchie sans complexe lorsque, dans les épisodes 8 et 10, on quitte le monde réel pour se retrouver dans un monde parallèle. Ces moments sont si déroutants qu'ils ne sont pas forcément agréables mais le tout reste cohérent et on se doit de saluer l'audace des créateurs de la série, leur volonté d'innover et de se dépasser.

Ma note : 18/20

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