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Itinéraire d'une cinéphile

Bienvenue sur mon site de critiques de films et de séries en tous genres. Bonne visite !


Enemy

Publié par Coralie sur 2 Janvier 2015, 20:15pm

Catégories : #Films - Thriller

Sortie : 27 août 2014

Vu en : version française

Ma critique : Moins d'un an après l'excellent "Prisoners", qui abordait le Mal et les limites de la vengeance, le réalisateur canadien Denis Villeneuve revient avec "Enemy", adapté du roman "L'autre c'est moi" de José Saramago. Ce nouveau long-métrage, toujours avec Jake Gyllenhaal, aborde le mythe du "doppelgänger", terme d'origine allemande désignant le double imaginaire d'une personne, qui a déjà inspiré la littérature ("Metzengerstein" d'Edgar Allan Poe), le cinéma ("Histoires extraordinaires" de Roger Vadim), mais aussi les séries ("The Vampire Diaries").

"Enemy" raconte l'histoire d'Adam Bell, un professeur d'histoire lassé de sa vie répétitive et monotone, qui découvre un jour son sosie parfait en la personne d'Anthony Saint Claire, un acteur sûr de lui, dont la femme Helen est enceinte. La ressemblance entre les deux hommes est si troublante que nos questions se bousculent. Sont-ils jumeaux ? Ou bien clones ? Comme le suggère la phrase d'ouverture, "Chaos is order yet undeciphered" (le chaos est un ordre à déchiffrer), "Enemy" est un véritable puzzle. Toutes les pièces sont sous nos yeux, à nous de les assembler.

Enemy

(Attention, la suite de cette critique contient des SPOILERS !)

Petit à petit, on comprend que les deux hommes, tous deux interprétés par Jake Gyllenhaal, ne sont en réalité qu'une seule et même personne. Cela nous rappelle évidemment "Fight Club" du maître David Fincher, mais les deux oeuvres s'avèrent être plutôt éloignées, notamment par leurs rythmes et leurs manières distinctes d'amener le dénouement. Malgré une lumière jaune intelligemment utilisée afin de créer une ambiance glauque et morose, "Enemy" est un film lent qui ne nous tient pas suffisamment en haleine et manque de nous perdre à plusieurs reprises. Il aurait gagné à être plus rythmé et plus anxiogène.

Derrière ce côté laborieux qui peut rebuter, se cachent de nombreux indices et symboles disséminés par le génie en devenir qu'est Denis Villeneuve. Ceux-ci ne sont réellement appréciables qu'après visionnage, au terme d'une réflexion profonde dans laquelle ce thriller épatant nous plonge la tête la première. Tentons de déchiffrer les principaux messages qu'il contient.

D'abord, la scène capitale du film est clairement celle où Adam discute avec sa mère, car c'est à ce moment-là qu'on prend pleinement conscience de sa double personnalité. En effet, sa mère, interprétée par Isabella Rossellini, lui dit qu'il a un bel appartement, et elle le somme d'abandonner son rêve de devenir un acteur de cinéma de troisième zone. Or, c'est Anthony, et non Adam, qui est un acteur accompli et qui vit dans un appartement chic. On comprend donc que toute l'intrigue est articulée autour du subconscient d'Adam qui, pour fuir la réalité, a imaginé une version idéalisée de lui, Anthony.

Passé ce tournant majeur, qui se situe en plein milieu du film, les pièces du puzzle commencent à s'assembler. On se rappelle notamment que, lorsque Helen a appelé Anthony, celui-ci n'a décroché que lorsqu'Adam est sorti de notre champ de vision. Ainsi, c'est sûrement Adam qui a répondu au coup de fil, ce qui confirme la double personnalité. Le clou est enfoncé lorsque Helen demande à Anthony comment s'est passée sa journée à l'université. On remarque alors qu'elle est consciente du dédoublement de personnalité de son mari.

Puis, en ce qui concerne les araignées, qui constituent l'élément le plus marquant du film, on comprend aisément qu'elles représentent l'oppression, l'emprise qu'exercent les femmes sur Adam. Il y a bien sûr sa mère, qui passe son temps à le culpabiliser, mais aussi sa femme qui, parce qu'elle est enceinte, incarne pour Adam une somme de responsabilités qui lui paraissent sûrement insurmontables.

Enemy

Ensuite, on peut considérer que l'accident de voiture d'Anthony et de la maîtresse d'Adam illustre la disparition de la partie sombre d'Adam. Par suite, il semble qu'il accepte sa réelle identité, qu'il est prêt à faire face à ses responsabilités et à reprendre une vie normale. Mais cette sérénité potentielle ne pointera jamais le bout de son nez car "Enemy" est conçu comme une boucle. En effet, à la fin du film, Adam trouve une clé dans une enveloppe. Helen l'informe que sa mère a appelé et qu'elle a laissé un message sur le répondeur, puis elle part dans sa chambre. Or, le film s'ouvre sur Adam qui utilise cette même clé pour accéder à un cercle privé où des hommes se retrouvent pour contempler des femmes nues, loin de leurs quotidiens misérables. Et, en rentrant chez lui, Adam écoute un message vocal de sa mère, pendant que sa femme est dans sa chambre. C'est un procédé narratif extrêmement intéressant car quoi de mieux qu'une boucle pour illustrer le sentiment d'être pris au piège ? Finalement, on peut penser que, même si Anthony est probablement mort dans l'accident de voiture, la part sombre d'Adam (son "dark passenger" comme dirait Dexter) est toujours présente. Il ne parvient pas à échapper à son destin.

Enfin, le plan final de "Enemy" est tout simplement l'un des meilleurs de l'année. Arachnophobes, accrochez-vous.

Ma note : 14/20

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