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Itinéraire d'une cinéphile

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Lolly Whitehill : la schizophrénie aux oubliettes du système judiciaire

Publié par Coralie sur 22 Juillet 2016, 12:01pm

Catégories : #Article

Lolly Whitehill : la schizophrénie aux oubliettes du système judiciaire

Le 17 juin 2016, Netflix a mis fin a une longue attente d'un an en mettant à disposition la quatrième saison de "Orange is the new black". Malgré une troisième saison qualitativement inférieure aux deux premières, nous avions hâte de retrouver le pénitentier de Litchfield et sa mosaïque de personnalités à la fois si différentes et si complémentaires. En parallèle du développement des intrigues initiées précédemment, cette quatrième saison a mis l'accent sur deux personnages : Poussey Washington (Samira Wiley) et Lolly Whitehill (Lori Petty), toutes deux terriblement attachantes. C'est à cette dernière que nous allons nous intéresser.

Comme vous vous en rappelez sûrement, Lolly Whitehill fait sa première apparition dans la deuxième saison, dès le premier épisode. On la découvre parmi les détenues qui, comme Piper (Taylor Schilling), sont transférées à Chicago pour une raison qui leur est inconnue. Durant ce voyage, les deux femmes sympathisent et on perçoit déjà, dans leur conversation, quelques indices du passé et du caractère de Lolly. Confrontée à deux passagères anxieuses, elle se montre attentive et attentionnée. Sa patience et son calme, qui contrastent avec l'agitation de Piper, s'expliquent par le fait qu'elle est persuadée que l'endroit où elle va atterrir sera plus confortable que ce qu'elle a connu jusqu'ici. Elle explique en effet que, dans la prison dont elle vient, elle n'était pas nourrie tous les jours et n'avait ni chauffage ni lit. Face à cette description de ce qui semble avoir été un calvaire, on ne peut qu'être impatient de découvrir son histoire.

Lolly Whitehill : la schizophrénie aux oubliettes du système judiciaire

Dans le sixième épisode de la troisième saison, Lolly intègre le pénitentier de Litchfield, et devient ainsi un personnage à part entière de "Orange is the new black". Par les commentaires qu'elle émet durant la visite guidée menée par Pennsatucky (Taryn Manning), Lolly nous confirme qu'elle vient d'un établissement d'une sévérité largement supérieure. Elle s'étonne en effet de la propreté des murs et de n'entendre personne crier.

Peu après son arrivée, Lolly est repérée par Alex (Laura Prepon), qui la soupçonne d'être une tueuse à gages missionnée par Kubra (Eyas Younis) pour l'éliminer. Avec son regard noir, qui transparaît derrière de grosses lunettes rondes, Lolly fascine autant qu'elle effraie. On suit avec inquiétude sa mystérieuse routine, jusqu'au jour où elle met fin à nos soupçons : dans le premier épisode de la quatrième saison, Lolly prend la défense d'Alex et blesse mortellement le véritable tueur à gages envoyé par Kubra. Par cet acte et la dissimulation collective qui s'ensuit, Lolly quitte son statut de détenue solitaire et devient un personnage clé dont l'imprévisibilité donnera des sueurs froides à ses complices de crime.

Lolly Whitehill : la schizophrénie aux oubliettes du système judiciaire

Comme on le comprend progressivement, son comportement si particulier est dû à une maladie mentale qui la ronge. Au vu des symptômes qu'elle présente, Lolly est certainement schizophrène. Devant ses yeux, se bousculent des hallucinations qu'elle n'arrive pas à distinguer de la réalité. Dans sa tête, résonnent des voix qui ne cessent de la mettre en garde contre toutes sortes de conspirations, accentuant inévitablement sa paranoïa. Il est évident que Lolly n'a pas sa place en prison. Quel que soit le délit qu'on lui reproche, l'emprisonnement n'est pas une sentence adaptée à sa pathologie. Vivre dans un vase clos surpeuplé et non médicalisé ne fait qu'accentuer la vulnérabilité de Lolly, et des malades mentaux en général, en favorisant la progression de leur maladie. Profondément révoltant, cet engrenage pénitentiaire n'est pourtant pas aussi manichéen qu'on pourrait le croire. En effet, les gardiens et autres employés de prison ne sont ni formés ni équipés pour gérer cette population grandissante de malades mentaux que le système judiciaire américain tente de dissimuler. Devant l'immense injustice que connaît Lolly, détenue schizophrène en situation de mal-être permanent, la tristesse et l'impuissance s'emparent de nous.

Et les flashs back enfoncent le clou. Tantôt journaliste, Lolly est devenue sans-abri à cause de sa maladie. Chaque matin, elle arpente les rues pour vendre un café artisanal qu'elle prépare avec amour, offrant ainsi aux pauvres gens de son quartier ce dont elle-même a désespérément besoin : de l'affection et un soutien psychologique. Lolly est d'autant plus bouleversante qu'elle a l'intelligence d'essayer de faire face à sa maladie, de se soigner par ses propres moyens. En vain. Complètement démunie face à ces voix qu'elle entend mais ne parvient pas à faire taire, elle s'enfonce dans la folie.

Arrêtée suite à un malentendu flagrant, Lolly est l'exemple type des personnes dont la justice américaine se débarrasse discrètement car elle ne veut pas ou ne peut pas s'attaquer au problème de fond. On constate avec effarement la facilité déconcertante avec laquelle les policiers jettent en prison cette sans-abri visiblement perturbée, sans même l'avoir examinée. Par cet acte machinal, ils ne font que déplacer un problème qui pourrait être résolu - ou tout du moins traité - s'ils s'en donnaient les moyens. En 1972, le psychiatre californien Marc Abramson tirait déjà la sonnette d'alarme vis-à-vis de ce qu'il désignait comme étant une "criminalisation du comportement des malades mentaux". Quarante-quatre ans après, cette tendance s'est confirmée et s'est largement accentuée. Selon une étude réalisée en 2014 par le Treatment Advocacy Center, il semble que les prisons soient devenues les "nouveaux asiles". En effet, en 2012 aux États-Unis, il y avait 35 000 patients atteints d'une malade mentale sévère placés en hôpitaux psychiatriques, contre 356 268 détenus atteints d'une maladie mentale sévère, soit dix fois plus ! Ce nombre impressionnant est en augmentation, tout comme la sévérité des maladies mentales concernées.

Lolly Whitehill : la schizophrénie aux oubliettes du système judiciaire

Dans ses heures les plus sombres, Lolly est épaulée par Sam Healy (Michael Harney), le conseiller au grand coeur - brisé maintes fois - dont la mère était visiblement atteinte d'une maladie similaire. Une relation attendrissante s'installe alors entre les deux personnages. Healy est la seule personne qui souhaite réellement aider Lolly mais, comme nous, il est impuissant face à la déchéance de cette dernière. Pour s'évader mentalement, tous deux se prennent à rêver de pouvoir remonter le temps, avec cette fameuse interrogation : si je pouvais retourner en arrière, qu'est-ce que je ferais différemment ? Cette question, récurrente chez les détenues de "Orange is the new black", reflète le sentiment de remord général qui plane sur le pénitentier. Toutes, ou presque (n'est-ce pas Frieda ?), expriment une volonté de corriger leurs erreurs pour ne pas finir en prison. On note d'ailleurs le pessimisme profond d'Alex, intimement persuadée que, quoiqu'elle change, elle atterrirait tout de même à Litchfield.

Le parcours tragique de Lolly Whitehill est l'un des plus émouvants de la série. Forcée d'intégrer une institution inadaptée à sa maladie, Lolly aura finalement commis son premier crime en prison. Et elle le paie très cher. Lors d'une scène poignante, qui confirme le talent d'actrice de Lori Petty, la pauvre Lolly est (r)envoyée en service psychiatrique. Ce même service que Taystee (Danielle Brooks) essaie d'éviter à Suzanne (Uzo Aduba) depuis le début de la série, car aucune détenue n'en est jamais revenue.

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