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Itinéraire d'une cinéphile

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Spring Breakers

Publié par Coralie sur 28 Décembre 2015, 12:08pm

Catégories : #Films - Drame

Spring Breakers

Sortie : 6 mars 2013

Vu en : version originale sous-titrée

Ma critique : Mon avis sur "Spring Breakers" aurait pu se résumer en une phrase : qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Mais cela n'aurait pas été constructif. Comme l'indique son titre, le dernier film de Harmony Korine se déroule durant un spring break, ces fameuses vacances printanières durant lesquelles les étudiants américains ont pour habitude d'aller décompresser au soleil. Leur vision de la détente inclut essentiellement alcool à volonté, drogues et débauche. A ce sujet, "Spring Breakers" en dit à la fois beaucoup et très peu, si bien que lorsqu'on interprète ce film on a parfois l'impression de trop s'éloigner des intentions premières du scénariste et réalisateur. Peu importe sûrement pour celui-ci, qui a refusé d'expliciter sa vision des choses lors d'interviews, du moment que le film touche les spectateurs et les fait réfléchir.

Spring Breakers

Ce qui saute aux yeux est une dénonciation du spring break, ce paradis artificiel censé offrir aux étudiants un échappatoire à leurs routines, à la morosité de leurs vies. Contrairement à "Projet X" qui, en voulant dénoncer la quête obsessive de popularité d'un groupe de loosers, a produit l'effet inverse en incitant les jeunes à organiser des soirées hallucinantes, "Spring Breakers" parvient à nous couper l'envie d'aller en spring break. Le réalisateur Harmony Korine nous prouve brillamment qu'une même scène peut évoquer des sentiments différents selon la manière dont elle est filmée. Alors que les soirées arrosées au bord d'une piscine mises en avant dans "Les Experts Miami" nous attirent, "Spring Breakers" nous en dégoûte par des ralentis et des zooms indécents, et ce dès le début du film.

Spring Breakers

Enfouie un peu plus profond, on perçoit également une critique de ces étudiants, et plus particulièrement des étudiantes représentées par nos quatre héroïnes. En effet, alors qu'au premier abord on aurait pu les croire prisonnières d'une tradition étudiante et d'une volonté de rentrer dans le moule, on a rapidement l'impression que le spring break fait ressortir leur vraie nature. Braqueuses en herbe, avides de danger, d'argent et de pouvoir, ces jeunes femmes forment un gang soudé et prêt à tout. Leur association rappelle celle des adolescents qui aimaient cambrioler des maisons de stars, une histoire vraie portée à l'écran par Sofia Coppola dans "The Bling Ring". Tout comme ces cambrioleurs rappaient ensemble sur du Rick Ross dans leur voiture, les héroïnes de "Spring Breakers" s'amusent à reprendre quelques refrains de Britney Spears, s'associant même pour faire les choeurs de "Hit me baby one more time", pour notre plus grand plaisir. Ces scènes où les personnages chantent sont généralement les plus réussies. Elles nous touchent par leur simplicité, leur authenticité, et nous rapprochent des personnages.

Spring Breakers

Il est aisé d'adhérer au propos et à la morale de "Spring Breakers". Cependant, il est compliqué d'entrer pleinement dans ce film, tant la réalisation est atypique. Celle-ci se caractérise par des ralentis récurrents, des dialogues au compte-gouttes, la répétition de certaines phrases aux allures de prémonitions, ainsi qu'un décalage entre les images et le son de certaines scènes. Tout cela crée une atmosphère hallucinatoire assez déroutante. Toutefois, on apprécie l'ambiance à la fois sombre et très colorée de ce film. "Spring Breakers" a parfois des airs de clips musicaux. Ses tons rosés évoquent le clip de "Loyal" interprétée par Chris Brown, et les coups de feu ou bruits de chargeurs qui opèrent les transitions ressemblent à ceux qui rythment le clip musclé de "Can't be touched" de Roy Jones. On peut même ajouter que les tresses plaquées de James Franco au volant de sa voiture de sport rappellent celles du petit garçon dans le clip de "Rock this party" de David Guetta. Notons au passage que James Franco excelle dans le rôle d'Alien, ce rappeur gangster à la fois gentil et terriblement inquiétant. A ses côtés, Selena Gomez, Vanessa Hudgens, Ashley Benson sont convaincantes. Quant à la quatrième héroïne, elle est interprétée par Rachel Korine, la femme d'Harmony Korine, qui est elle aussi très crédible dans son rôle.

Spring Breakers

"Spring Breakers" restera gravé dans les mémoires par une multitude de plans à couper le souffle, notamment grâce à l'aptitude du réalisateur à capturer de magnifiques couchés de soleil. On retiendra également quelques scènes marquantes par leur aspect extrêmement osé et décalé. Parmi elles, se trouve celle où Alien mime une fellation sur un pistolet que l'une des héroïnes tient entre ses jambes. Cet instant, qui nous laisse momentanément bouche bée, est l'apogée d'un élément présent depuis le début du film : la domination masculine qui règne durant le spring break. En effet, par cet inversement des rôles, les jeunes femmes s'imposent, se font respecter. Et cela n'est possible qu'en agissant comme un homme, le pistolet étant tenu de manière à représenter un pénis. La condition féminine est décrite de manière assez pessimiste dans "Spring Breakers" puisque, sans cette appropriation des attributs masculins, les femmes ne servent qu'à assouvir les plaisirs des hommes.

Ma note : 14/20

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